Des chercheurs lyonnais identifient des cellules immunitaires à l’origine de cancers

Philippe Lagarde

Les travaux de cette équipe du Centre de recherche en cancérologie de Lyon, dirigée par Julien Marie, pourraient déboucher sur la recherche de marqueurs prédictifs pour certains cancers. Ils incitent aussi à s’interroger sur la durée de l’immunothérapie chez certains patients atteints de cancer.

Environ 30% des cancers apparaissent à la suite d’une inflammation chronique localisée, en particulier certains cancers colorectaux, de l’intestin grêle, du foie ou encore du pancréas.

« Dans le cas de l’intestin, qui fait 9 mètres de long, le cancer se développera sur les 2-3 centimètres où se situe l’inflammation chronique », explique, au Progrès, Julien Marie, directeur de recherche Inserm.

Avec son équipe du Centre de recherche en cancérologie de Lyon (Inserm/CNRS/Université Lyon 1/Centre Léon Bérard), il s’est intéressé à une population de cellules immunitaires, les lymphocytes TH17, déjà connus pour leur implication dans des maladies inflammatoires comme la sclérose en plaques ou la maladie de Crohn.

«On pourrait arriver à un marqueur prédictif»

En utilisant des approches dites de «séquençage de l’ARN à cellule unique», ces scientifiques ont été les premiers à démontrer l’hétérogénéité des cellules TH17 au sein de l’intestin. Ils ont identifié 8 sous-types dérivant de ces cellules et ayant des rôles distincts, dans une étude publiée dans la revue Nature Immunology. Les chercheurs ont découvert que l’un de ces sous-types avait un rôle potentiellement tumorigène.

Au contact de ces cellules dérivées des TH17, des cellules de l’intestin saines jusqu’ici peuvent devenir cancéreuses.

C’est particulièrement le cas pour des personnes à risque comme les patients atteints de la maladie de Crohn ou d’autres colites inflammatoires.

Mais les scientifiques ont aussi identifié qu’une protéine, -la cytokine TGF-, est capable d’inhiber la formation de ces cellules tumorigènes, ouvrant la voie à des thérapies.

Pour Julien Marie, l’intérêt de ces découvertes est doubles.

Elles peuvent amener les cliniciens à s’interroger sur la durée des immunothérapies chez certains patients atteints de cancer car, si les immunothérapies ont révolutionné le traitement de certains cancers, elles sont aussi connues pour entraîner de l’inflammation chronique intestinale. Un traitement trop long pourrait donc s’accompagner de l’émergence du sous-type de lymphocytes TH17 tumorigène.

Mais ces travaux ouvrent aussi des perspectives en médecine prédictive. « On pourrait arriver à un marqueur prédictif pour M. et Mme “Tout le monde” et dire: “Vous avez ce type de cellules, donc on va les surveiller”», souligne Julien Marie.

Selon le chercheur, les mécanismes mis au jour par son équipe dans le cancer de l’intestin sont aussi sans doute présents dans les cancers du pancréas et du foie.

Sylvie Montaron
Source: Lyon et région
Mercredi 28 août 2024
Lyon

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