Nous sommes Genetiquement inegaux face au Covid

Philippe Lagarde

Une étude publiée par le paléogénéticien SVANTE PAABO en octobre 2020 dans Nature explique, du moins en partie, les grandes différences de vulnérabilité d’une population à âge et comorbidités égaux. Ainsi 63% des bangladais possèdent un variant génétique qui augmente les risques de formes graves donc de mortalité.
Ceci est repris par le professeur QUINTANA MURCI de l’institut Pasteur et l’équipe de Jean-Laurent Casanova qui ont montré que près de 15% de la population Européenne présentaient une défaillance de la réponse immunitaire face au COVID et développaient des formes graves de la maladie.

” Avant même de connaÎtre précisément quel intrus nous attaque, le corps produit en principe des interférons. Ce sont des éléments clés de notre défense de première ligne chargés de faire réagir les cellules infectées, qui doivent alors prévenir leurs voisines afin de limiter au plus vite la multiplication du virus. Mais chez 3,5% des gens environ, ces interférons présentent une anomalie d’origine génétique qui les rend inopérants face au Covid-19. Par ailleurs, environ un patient sur dix admis en réanimation fabrique des anticorps contre ses propres interférons, empêchant ainsi cette réponse précoce. Là encore, c’est le génome qui est à la manoeuvre.

<<À des degrés divers, une partie de la réponse immunitaire est pilotée directement par le génome, explique d’ailleurs Guy Gorochov, chef du service AP-HP d’immunologie à la Pitié-Salpêtrière (Sorbonne Université et Inserm). Les individus vont ainsi réagir plus ou moins bien au contact d’un virus donné. >> Si la rapidité de production des anticorps est en partie liée à notre histoire individuelle (vaccin reçus, virus rencontrés), une partie de cette réponse dépend aussi de notre patrimoine génétique, qui constitue une forme de mémoire collective. <<Ce processus fonctionne mieux dans le cas de virus très anciens, note Guy Gorochov. Or si le Sars-CoV-2 est un virus récent, les coronavirus circulent depuis très longtemps, ce qui explique que notre réponse immunitaire soit très efficace dans 80% des cas.>>

Une étude menée par Dimitri Petrov de l’université de Sandford et David Enard de l’université d’Arizona, et mise en ligne sur le site MedRxiv, a montré que sur les plus de 5000 gènes qui reconnaissent les virus, 420 réagissent spécifiquement aux coronavirus. <<Les scientifiques ont ensuite comparé ces résultats aux banques de données génomiques mondiales pour repérer s’il existait des populations dans lesquelles la sélection naturelle avait pu les favoriser, détaille Lluis Quintana-Murci. Et la seule région du globe où cette sélection semble avoir opéré est l’Asie de l’Est, une région qui aujourd’hui résiste globalement mieux à la pandémie. >>
C’est une zone où les zoonoses sont fréquentes, probablement de longue date, ce qui a pu favoriser avec le temps la transmission des gènes permettant une meilleure résistance, tout en éliminant ceux qui pouvaient engendrer des complications.

Plusieurs études sont en cours pour essayer de comprendre les rôles d’une partie particulière de notre génome, celle qui code le système HLA. Pour combattre la maladie, notre corps produit des cellules tueuses, appelées lymphocytes T, qui vont se débarrasser des cellules infectées. Elles utilisent pour cela le système de reconnaissance du soi, dit HLA, qui permet à l’organisme de différencier les cellules du corps de celles qui sont étrangères. Or dans une cellule infectée, les molécules du système HLA vont se lier à des fragments de protéines virales, ce qui va permettre aux lymphocytes T de les identifier et de s’en débarasser. << Cette réponse dite cellulaire n’empêche pas l’infection, mais elle joue un rôle central pour éliminer le virus>>, rappelle Guy Gorochov. Mais l’efficacité du dispositif dépend étroitement de la nature précise des molécules HLA qui sont par définition propres à un individu. Et donc étroitement liées à son patrimoine génétique. “

Nature Octobre 2020

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Qui est le Dr. Lagarde

Philippe LAGARDE est un médecin connu, spécialisé en oncologie, mondialement connu pour sa conception particulière de l’application des traitements de chimiothérapie et son grand dévouement pour ses patients touchés par le cancer.

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